Quelques indications de durée pour donner des repères

Avant même de savoir si elle « marche », beaucoup de gens s’inquiètent de la durée que peut prendre une psychothérapie. C’est là une chose bien compréhensible.

Mais il est difficile d’y apporter une réponse exacte, valable pour tous le monde et tous le temps. Un processus thérapeutique n’est pas un processus standard et encore moins standardisable. Ce qui dure longtemps pour les uns durera peu pour d’autres, etc. Tout dépend des problématiques de chacun. Pour tenter d’y voir plus clair, il faut d’abord distinguer deux type de prise en charge, qui définissent chacune une temporalité différente : la psychothérapie proprement dite et la thérapie de soutien.

Les thérapies de soutien

Une thérapie de soutien par définition s’inscrit dans une temporalité courte. Elle concerne des problématiques qu’on dit infra-clinique. Cela veut dire que cela ne concerne pas des troubles habituellement répertoriés dans les différents manuels diagnostics (DSM V et CIM XI) et qui se trouvent classiquement pris en charge par les psychologues et autres praticiens du psychisme. Il s’agit de malaises liés à des évènements normaux de la vie qui demandent parfois un coup de pouce pour être surmontés. Cela peut être un deuil, une rupture amoureuse, un échec scolaire ou professionnel, un déménagement, du surmenage… En général cela dure entre 3 et 6 mois (mais cela ne peut durer que quelque semaine, selon les besoins…). Cependant, il se peut que cette demande en cache une autre et que cela débouche sur une prise en charge au long cours, c’est à dire une psychothérapie proprement dite.

Les psychothérapies qui s’inscrivent dans le temps.

En ce qui concerne une psychothérapie, ou un accompagnement psychologique, il est en revanche plus difficile de donner une durée précise, standard, pour ce type d’accompagnement. Une estimation moyenne est cependant possible. Pour donner une idée de durée minimum, je pense qu’une année est une durée raisonnable à considérer. Trois ou quatre ans me semblent optimal, mais cela peut aller au de là selon les cas, et le rythme choisi.

Dans tous les cas, quelle que soit la durée, il faut garder en tête qu’une psychothérapie est un passage. Elle est conçue pour se limiter dans le temps même si celui-ci peut paraître long, comme n’importe quel autre accompagnement.

Thérapies brèves : effets partiels

Cela étant dit, personnellement, si je crois dans l’efficacité des Thérapies Cognitivo-Comportementales ou dans les méthodes qui reposent sur des Expériences Modifiés de Conscience (EMC), comme l’hypnose, la Méditation de Pleine Conscience (MPC) ou le Rêve Éveillé ou l’EMDR, je ne crois pas du tout au concept de thérapie dite brève, sauf à ce qu’elles soient invasives, donc brutales, avec les contre-coups que cela suppose. Auquel cas sont ce encore des thérapies?

Il me parait raisonnablement difficile, voir impossible, de modifier un comportement, ou une personnalité, un état mental, un schéma ou une certaine façon d’être et de percevoir le monde, ou encore d’obtenir une meilleur perception de soi-même du jour au lendemain et sans y appliquer une certaine quantité d’énergie. Une problématique qui s’est installé a pu mettre des années avant de se construire et de se manifester dans la vie d’une personne et il ne me parait pas raisonnable de promettre une transformation de cette problématique dans des délais restreints. Il n’existe pas de kit, de protocole ou de cadre parfait qui puisse comme par magie effacer ou corriger ce que la vie a mis des années à construire ou à entretenir. Obtenir un changement durable, manifeste et satisfaisant, demande non seulement un vrai travail, tant de la part des patients que du psychologue, mais aussi une inscription dans le temps long, pour porter des résultats appréciables et durables.

La durée, une question de structure : les résistances psychiques

La première raison qui installe une psychothérapie dans une certaine temporalité, c’est que le psychisme humain a des défenses, tout comme l’organisme, qui naturellement tendent à faire revenir l’individu à son état mental initial, à ses croyances de bases, à ses habitudes, c’est ce qu’on nomme un principe homéostatique. Cela se comprend en effet car cela participe à la sécurité de la personne.

La biologie de l’attachement : l’ocytocyne

La seconde raison c’est que dans les relations humaines, il y a une réalité hormonale et neuroendocrinienne qui se met en marche et qui est notamment lié à l’ocytocyne. À chaque fois que nous faisons une rencontre nouvelle et agréable, ou positive, qui nous fait du bien nous enclenchons un cycle de sécrétion d’ocytocyne lié à cette rencontre qui durent autour de trois ans, puis une fois les liens solidement construit, il y a un tassement et il peut s’en suivre plus tard un nouveau cycle quand on redécouvre cette personne. L’ocytocyne est l’hormone de l’attachement, cela est valable pour la relation mère-enfant, mais aussi pour toute les autres relations affectives, amicales, amoureuses etc. Dans une relation thérapeutique, comme dans toute autre relation c’est un élément qui soutien la motivation, la tension de base dans la relation thérapeutique. Mais si ce cycle peut être limité dans le temps, il prescrit également une durée, car on ne romps pas un cycle comme celui-ci, en plein cours, sans en subir les conséquences et les contre-coups. Les chagrins d’amour, les dépressions et bien d’autres déboires psychologiques sont pour parti liés à cette rupture du cycle hormonal de l’attachement.

Les rythmes et les cycles de la mémoire.

Le troisième point c’est que le cycle de la mémoire est également « réglé » sur environ trois ans. En effet notre mémoire est tout d’abord encodée par une structure qui se nomme l’hypocampe et qui est une structure subcorticale. C’est cette structure qui est attaquée notamment dans la maladie d’Alzheimer.

C’est là que sont codés nos souvenirs les plus récents sur une période de trois ans. Pour gérer cet espace d’encodage, ou plutôt d’engrammage pour utiliser le terme exacte, le cerveau « corticalise » à très long terme les souvenirs les plus pertinents, les plus utilisés, (mémoire antérograde) en les fixant dans le cortex, c’est à dire les structures externes du cerveau dont le fonctionnement est semi-spécifique. Cela justifie qu’un apprentissage profond, (ce qu’est finalement une psychothérapie) doit au moins durer trois ans.

La thérapie : un parcours non linéaire.

Le quatrième et dernier point c’est qu’une thérapie n’est pas un modèle linéaire. Ce n’est pas une procédure administrative standardisée. Tous les professionnels du soin le savent bien.

Elle est soumise aux aléas, aux incertitudes, aux influences externes et elle connait dans son cours des disruptions, des progrès et des retours en arrières, des changements de caps, des accélérations et des ralentissements, qui peuvent atermoyer la réalisation des objectifs espérés, qui, eux-même sont susceptibles de changer et de se modifier au fil du travail, à mesure des découvertes qu’il fait émerger, car l’esprit est complexe, fluide et dynamique. Une psychothérapie est une sorte « wicked problem » (Rittel, 1974) c’est à dire un type de problème singulier qui ne cesse de se redéfinir à mesure qu’il se résout. Comme le reflet de la lune dans un lac, l’esprit ne s’attrape pas avec un filet de pèche. Tout ce qui relève du vivant requière beaucoup d’attention, de la constance, et du temps si l’on veut obtenir un résultat significatif et durable. Comme dit le proverbe : patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage.    

Ce qu’en dit la recherche…

Le maximum moyen d’environ trois années pour un adulte, que j’indique ici est cohérent avec l’étude Inserm « Psychothérapies : trois approches étudiées » (Etiemble, 2004) qui trouve un empan selon les psychothérapies considérées et les problématiques traitées qui va de 3 à 5 ans. Si vous voulez entreprendre un travail sérieux sur vous-même c’est le temps que vous devrez compter en moyenne.

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